Je dois malheureusement dire que je ne suis pas trop convaincu. Ma critique va paraître sèche mais il faudra bien ça pour pointer ce qui mérite considération.
Niveau technique c'est passable mais mollasson. Disons qu'on entend bien ce que disent les personnages, on a entendu des débuts bien pires et l'essentiel pour ce genre de production, à savoir la prise de son, est loin d'être parfaite et homogène mais bien suffisante pour nous faire profiter du script. Ce qu'il manque le plus c'est du dynamisme, on a des blancs entre certaines répliques qui ne se justifient pas. Dans la vraie vie on peut avoir ce genre de latence mais dans la fiction ça crée un sentiment de mollesse quand c'est permanent et pas spécialement justifié. Par exemple on peut mettre en place un silence gênant, mais ici la latence n'apporte rien. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut que ce soit trop enchaîner non plus sinon on va fatiguer. Le montage, c'est un dosage compliqué qui prend du temps. Pour améliorer le dynamisme il faudrait aussi mieux superposer les bruitages et les onomatopées associées, là on a *bruit de taser*, puis "Aaaaaaah" comme si le personnage attendait quelque chose avant de réagir. Ça nous détache de ce qu'il se passe, on ne vit plus le truc.
Le jeu est hétérogène, ça va de "ça passe" au gros sous-jeu ("noooooooon..."). Pour le script je dois dire que je ne suis pas convaincu. Je ne sais pas où vous voulez nous emmener. Si c'est comique, alors le principe des engueulades ne suffit clairement pas à me faire sourire et la blague sur les méthode des twitcheuses pour se faire du fric ne m'amuse pas des masses. Il y a une tentative de mettre une situation qui part dans tous les sens avec l'ours en peluche mais le manque de dynamisme n'aide pas. Si le but est de créer un autre sentiment alors ce n'est pas cette intro qui suffira à en profiter. C'est le problème des premières créations : il faut commencer par des épisodes courts pour se faire la main, c'est une bonne façon de faire qui permet de prendre en compte les avis au plus tôt mais ça a l'inconvénient de s'arrêter avant d'avoir commencé. Il faudra écouter la suite pour le savoir, mais on manque un peu d'éléments pour être curieux malheureusement
Je vais revenir sur cette incompréhension entre les intentions des auteurs et ce qui a été perçu par le public. On a donc un personnage féminin imbuvable, certains prenaient personnellement ses attaques grossophobes alors qu'il semble que l'intention était de se servir de son comportement non pas pour faire rire sur les gros mais pour présenter le personnage, montrer qu'elle est comme ça sans valider ce qu'elle dit ou fait. Le personnage est odieux, étudions le, point. Pourquoi ça ne prend pas ? Pourquoi est-ce qu'au lieu de se dire "Qu'elle est détestable cette Sassa qui insulte le gros !" il y a des auditeurs qui se sont dit "Qu'il est détestable cet épisode qui insulte les gros par le biais de Sassa !" ?
Déjà le but énoncé n'était pas de faire de l'humour second degré sur ces insultes, de fait personne n'y a vu de quoi rire tant c'était proche du monde réel sans rien pour ridiculiser ce comportement (pas d'exagération particulière sur ce point précis). Mais si quelqu'un se met à jouer un raciste par exemple, dans un podcast entièrement dédié à montrer son point de vue, où se situera la différence avec un vrai raciste qui insulterait pour de vrai les personnes de couleur dans son émission ? Qu'est-ce qui change entre celui qui le fait pour de faux et celui qui le fait pour de vrai, en quoi les mots de l'un seraient moins pénibles ? Ce qui fera une différence, c'est que le raciste présentera ses insultes comme quelque chose de normal et légitime, banalisant ces paroles pour les considérer comme quelque chose à accepter. C'est ça qui blessera les gens, c'est ça qu'il faut modifier dans sa mise en scène pour que le coup de poing ne fasse pas ses dégâts de coup de poing.
Celui qui veut faire figurer un personnage raciste sans valider son racisme se débrouillera pour rappeler que ce comportement n'est pas innocent, ce qui permettra de rassurer l'auditeur qui n'aura pas l'impression qu'on est en train de l'attaquer. Si le scénariste n'a aucune finesse il fera apparaître un autre personnage qui le remet en question, mais c'est un peu lourd et didactique. Un simple soupir fatigué, un silence grave ou gêné lorsqu'un personnage s'en prend plein la tronche, une réaction qui indique que bon c'est un peu lourd à force quand même, un changement de comportement dont la cause serait limpide, ça peut faire la différence.
Or ici on démarre avec une musique plutôt joyeuse qui pose une ambiance légère, alimentée par des répliques juste assez exagérées dans la dose d'engueulade pour qu'on aie l'impression que c'est relax pour l'auditeur. Cette ambiance aurait pu servir de contraste volontaire pour créer un malaise, comme les films d'horreur qui mettent une musique douce pendant une séquence de torture, ici c'est elle qui nous présente le contexte et le ton de l'épisode, donc pas de contraste. La situation n'a jamais l'air grave, personne ne se plaint et ça donne l'impression que c'est une comédie, qu'on est là pour rire et que rien n'a de conséquence. Et l'épisode associe à cette atmosphère décontractée des considérations dégradantes qui sont trop répandues pour qu'on se dise que ça aie valeur de dénonciation. L'esclavagisme de Sassa est juste assez abusé (c'est trop décomplexé et excessif pour qu'on se sente dans le monde réel) et universellement condamné pour qu'on puisse s'en amuser ou au moins s'en distancier, sa grossophobie non. Elle, elle a l'air normale et acceptée avec cette mise en scène et cette proximité avec le réel, on se prend cette vision du monde dans la face.
Tu as dit quelque part que tout devait s'expliquer plus tard. Loin de moi l'idée de vouloir te forcer à abattre tes cartes trop tôt mais il faut comprendre que ton épisode 1 doit donner envie d'écouter les épisodes qui remettront en question le comportement de Sassa. Ton épisode se termine en nous laissant sur une sale impression et je ne pense pas qu'il fallait attendre la suite pour la dissiper ou au moins l'interroger. Si des vidéastes connus pour leur haine décidaient de révéler qu'en fait il y avait une justification à leur attitude façon Andy Kaufman, ce serait trop tard pour effacer le mal fait. C'est tout de suite qu'il faut être au clair, là on n'est pas en mesure de ressentir une différence avec une œuvre faite par des gens moins sympathiques que vous.
J'ai pondu un gros texte pour parler de ce problème, mais ce n'est pas comme si j'étais particulièrement choqué. Je n'ai pas eu de gros facepalm à ce sujet, je trouvais ça juste en trop. Cependant je ne suis pas concerné donc je n'ai pas le meilleur point de vue là-dessus, mais je trouvais toutefois que c'était mal géré. Si j'ai pris le temps d'écrire ce texte c'est aussi parce que le public n'a pas compris vos intentions, et s'il ne l'a pas compris ce n'est pas nécessairement sa faute. Il est difficile de faire passer ses intentions sans virer à la sur-explication (je ne souhaite pas non plus de discours enflammé).
La route est longue est compliquée, mais nombreux sont les grands créateurs à avoir commencé avec les même difficultés avant de faire de beaux progrès. Bon courage à vous
