Fitz a écrit :Bon, j'imagine par contre qu'on se passera très bien des commentaires de pseudo-hipsters qui écoutent de la non-musique parce que c'est "underground" etc.
C'est bien vrai, ça, je suis totalement d'accord : ignorons les commentaires abscons de ces faux rebelles qui ne font rien qu'à écouter des bruits bizarres pour embêter leurs voisins et préférons ceux des sages vénérables qui détiennent les véritables clés de la beauté musicale, et qui ont, eux, le droit légitime de juger ce qu'ils ne connaissent pas.
Pardonne mon ironie, mais tu es tellement à côté de la plaque que ça me fait (intérieurement) sourire.
Acid Vulture a écrit :[...] et font preuve de la réaction typique des ignares face à l'inconnu, [...]
ça par contre, c'est excessif et insultant. Faisons preuve d'objectivité, d'accord ?
La musique bruitiste (qui est une dénomination "générique" englobant un grand nombre de réalités musicales) existe depuis plus d'un siècle, elle est reconnue par tous les musicologues, il y a de nombreux compositeurs et de nombreux groupes qui l'ont travaillé, il y a des festivals (le Noise Fest à Berlin par exemple), des salles qui en programment (Ground Zero à Lyon), il existe de nombreux ouvrages sur la question, parfois très pointus (je ne citerais que le Traité des Objets Musicaux de Pierre Schaeffer qui est une pierre fondatrice de la pensée musicologique pour la seconde moitié du XXe siècle) ; toutes ces choses que personne n'a la légitimité de balayer d'un seul revers de manche en disant "ça n'est pas de la musique" du ton autoritaire de celui
Icaryon a écrit :"qui sait tout, qui a tout vu et tout fait dans sa vie"
Voilà pour le côté "culture". La musique bruitiste existe et elle mérite le respect bien plus que tous les Lady Gaga, Justin Bieber ou Colonel Reyel du monde. Et pour la simple et bonne raison que ce n'est pas qu'une accumulation volontairement désagréable de bruits, de distorsions, de saturations, etc... mais parce qu'elle pose des questions, et notamment celle-ci, et pas des moindres, qui rejoint le domaine de la philosophie musicale : "Où est la frontière entre la musique et le bruit ?", question subsidiaire "Peut-on considérer tout bruit comme étant musical ?" et les réponses à ces questions sont aussi variées qu'il existe de gens pour y répondre et c'est justement ça qui est passionnant. S'il il n'existait qu'une seule réponse, il n'y aurait qu'une seule musique et le monde serait tellement triste qu'on se serait déjà tous suicidés.
Il n'y a pas de réponse absolue et c'est pour ça que nombre de musiciens, depuis des siècles, dans tous les pays, et pas seulement depuis l'avènement de la musique dite "bruitiste", se sont interrogé là-dessus. Et bien sûr, ça s'est accéléré au début du XXe siècle avec l'industrialisation galopante, l'urbanisation, la croissance exponentielle de la pollution sonore, les usines, les voitures, les chantiers, tout un panel de sons nouveaux que les compositeurs se sont appropriés, dont ils ont fait des choses aussi variées que City Life, Different Trains, Come Out, etc... de Steve Reich (ce n'est pas à proprement parler de la musique bruitiste, mais de la musique qui fait appel à ce genre de sons), jusqu'aux Variations pour une Porte et un Soupir de Pierre Henry (musique concrète) en passant par le Poème Electronique pour Tables et Chaises de la Monte Young (musique minimaliste) ; une réflexion qu'on peut aussi étendre, allons-y carrément, à la Symphonie des Jouets, de Leopold Mozart (apocryphe, si mes souvenirs sont bons).
Mais bon, sans digresser aussi loin, la musique bruitiste n'est pas une musique "pure" (une musique "pure" est une musique qui existe pour et par elle-même. C'est une sorte de concept idéal et ce qui s'en rapproche le plus selon moi, c'est l'Art de la Fugue, de J.S. Bach). Donc c'est une musique qui nécessite d'être intellectualisée
a priori et surtout contextualisée. Si elle existe, c'est qu'il y a une raison, c'est qu'il y a des gens qui sont sensibles aux interrogations qu'elle soulève et qui donc peuvent en apprécier le contenu pour lui-même et donc en apprécier l'aspect "esthétique". Après, on n'y est pas tous sensibles, on n'attend pas tous la même chose de la musique qu'on écoute ou qu'on crée et c'est tant mieux ! C'est la variété qui crée l'intérêt et comme dirait l'autre, il en faut pour tous les goûts.
Après, je ne suis pas en train d'essayer à tout prix de vous faire trouver de l'intérêt à la musique bruitiste et encore moins d'étaler gratuitement ma science parce que moi j'ai raison et vous tort (ironie inside), je demande simplement un peu de respect, en prenant le temps d'expliquer pourquoi ; parce que les gens qui disent de "c'est de la merde", il y a en déjà bien trop, et que ça finit par courir légèrement sur le système de voir un tel manque d'ouverture d'esprit. Vous avez le droit de ne trouver aucun intérêt à la musique de Kinkan, de dire pourquoi vous n'aimez pas, mais certainement pas de dire que "ce n'est pas de la musique", tout simplement parce que vous y perdez vos repères, qu'il n'y a même pas une petite mélodie à laquelle se raccrocher ? Un petit enchaînement d'accords parfaits ? D'autant que vous ne supporteriez pas la réciproque, cachés que vous êtes derrière des siècles de recettes éprouvées et connues, rassurantes, finalement. Je conclurai par deux proverbes :
"Ne fais pas aux autres ce que tu ne supportes pas qu'on te fasses"
"Avant de t'intéresser à la paille dans l'oeil du voisin, intéresse-toi à la poutre qu'il y a dans le tien"
Max Demian
Fervent défenseur de la diversité musicale.