La Ligue des Deux, art contemporain prétentieux ou délire trop lol mdr XD roflmaocopter omgwtfbbq de l'interwebz cyber-L337 3.0 ?
La deuxième option ne me plait pas. Et comme je vous aime bien, Dehell et Squill, je ne peux m'y résoudre. J'opte donc pour la première : LLD2 est une expérimentation puriste prétentieuse ! Ce que je vois comme une grande qualité. Dès les premières minutes, vous forcez l'auditeur à virer sans ménagement l'unité de mesure la plus basique de tout produit culturel : la simple idée de
qualité. C'est quand même pas rien.
Celui qui s'y refuse passe un moment très pénible, et j'ai envie de dire : bien fait, haha. Les autres peuvent aussi passer un moment pénible, bien sûr, ça dépend des goûts. Mais quoi qu'il en soit, un joli pan de culture est défriché.
Vous vous êtes affranchis d'éléments primordiaux : cohérence du script, crédibilité des dialogues, et surtout bon fonctionnement des outils humoristiques et narratifs. Certains des outils qu'on connait sont là (par exemple, le suspens). Mais ils ne fonctionnent pas, ils sont esquissés comme par un extraterrestre singeant des codes qu'il ne maîtrise pas.
Tout est rendu tellement grotesque, tellement mauvais même, que notre échelle de valeur n'a pas de barreaux assez bas pour y placer ce qu'on est en train de vivre. Ça passe au-delà du mauvais, pour devenir simplement du
différent. Et une fois ce passage franchi, vous entamez des constructions élaborées avec ce matériau pire-que-mauvais, et c'est tout simplement fascinant. Ça devient divertissant, car
intéressant, au même titre que n'importe quel système inconnu dont on cherche à distinguer les rouages, que ce soit une bébête pour ceux qui aiment la biologie ou bien un problème algébrique pour les matheux, ou encore une situation politique. Et c'est tellement incongru et nouveau que c'est drôle. On dirait même que l'
humour lui-même est tourné au ridicule, ce qui forme une sorte de trans-méta-humour fractal ravageur. Si on en rit, on se sent con d'en avoir ri, et on rit de s'en sentir con, et PAF ça fait de l'hilarité.
Phone Direktorres Kuts fonctionnait sur le même principe en fait, mais en beaucoup moins rodé, et surtout PDK retournait quelque chose de précis et déjà existant. Là, c'est un scénar inédit qui est retourné, de sorte qu'on le découvre directement à l'envers, ce qui crée une vision complétement différente, forcément : la première impression compte vachement puisque c'est la surprise et la nouveauté qui font l'intérêt du truc.
Je ne dis pas non plus que c'est révolutionnaire. En fait vous ne faites que pousser un cran plus loin l'idée d'
absurde. L'absurde type Monty-Pythons s'est répandu partout et est devenu plutôt commun. Il nous fait toujours rire, puisqu'il présente toujours des choses différentes de la réalité (un des mécanisme fondamentaux du rire si je ne m'abuse), mais il ne nous surprend plus. Vous en avez simplement rajouté une couche, en transgressant beaucoup plus lourdement que jamais les
moyens employés pour présenter les choses, plutôt que simplement les choses présentées.
Tout ça pour dire que écouter LLD2, ce n'est pas forcément se vider le cerveau pour se détendre et rire face au vide. Il y a toute une mécanique ambitieuse derrière, et on peut s'amuser à sauter d'engrenage en engrenage. En riant bêtement quand même, parce que la pédanterie a des limites

Brayfe, bravo.