Aucune de ces deux solutions, Shiruvain, n'est vraiment satisfaisante, à mon avis. C'est soit une grosse ficelle de réalisateur, soit un truc à sortir l'auditeur de l'histoire.
En audio, dans le spin off de We're Alive, Lockdown, il y a des dialogues en Espagnol qui ne sont soit pas traduits du tout, soit seulement résumés pour le reste de l'audience par un personnage bilingue qui sert de relais entre le mec qui ne parle que l'Espagnol et le reste du groupe qui ne parle qu'Anglais.
Mais ce qu'on y note c'est que, souvent, les anglophones disent "dit lui que bla bla bla" et on l'entend alors traduire la phrase en espagnol, puis entamer un dialogue. Et quand ces anglophones s'enervent et demandent ce qu'il a répondu, elle ne donne qu'un résumé, jamais une traduction littérale qui la placerait dans un rôle réducteur d'interprête et qui, par contraste, place la majorité des auditeurs dans le flou, tout comme ces personnages.
C'est une forme de rattachement intéressant.
Doublement intéressant d'ailleurs pour les auditeurs bilingues qui ont un coup d'avance non seulement sur les personnages, mais aussi sur les autres auditeurs qui ne comprennent que l'anglais.
Dans les films et séries on trouve souvent ce genre de situations quand un dialogue assez long dans une langue autre que la principale a lieu sans pour autant qu'il y ait des sous-titres ni traduction véritable. Parfois, la mise en scène introduit un personnage qui fait un résumé, ou une traduction litterale, parfois il n'y a rien du tout.
Dans les deux cas, le dialogue est généralement suffisamment contextualisé, et joué avec suffisamment de conscience pour qu'on comprenne le sens général. Ça peut être une confrontation d'idées - où on comprend plus ou moins qui est "pour" et qui est "contre", ou une négociation, ou un truc du genre.
Evidemment, si c'est une conversation de café du commerce, c'est non seulement inutile pour faire progresser l'histoire, mais inutile aussi d'essayer de faire comprendre ce qui est dit.
Dans tous les cas, si le scénariste/réalisateur propose un dialogue dans une langue "étrangère" c'est aussi pour mettre l'auditeur/spectateur dans les chaussures du personnage qui ne parle pas la langue et doit donc se débrouiller pour comprendre du mieux qu'il peut, mais la règle consiste à ne pas trop en dévoiler (vu que ceux qui ne pigent pas la langue n'y entraveront rien) sauf peut-être une idée maîtresse qui sera comprise, ou traduite, ou reprise par les protagonistes ...ou - et le paradoxe peut être intéressant - interprétée à l'envers (genre ils parlent de ne PAS couper la tête aux prisonniers, mais les-dits prisonniers n'ont pas noté la négation dans la phrase

)
Il faut donc se nourrir de - et s'inspirer de la mise en scène de - ces westerns où on va entendre des tribus indiennes ; de ces polars dans les quartiers chinois ou portoricains où les flics ne parlent pas la langue, ou mal ; de ces films de guerre où des soldats sont confrontés à des troupes ou des civils étrangers, des films de science fictions où des explorateurs se retrouvent sur une planète inconnue,... Les exemples sont légion.
Dans certains cas, ce sera subtil et interessant, et transposable. Dans d'autres ce sera grossier ou mochement sous-titré, et donc à oublier.
En réalité, dans la vie réelle de tous les jours de notre quotidien habituel, on est parfois confrontés à des individus qui ont le même problème. Par exemple il m'arrive de participer à des réunions où la langue de communication est l'anglais et où certains participants, inconfortables avec l'internationalisme, vont avoir besoin de rebasculer dans leur langue natale, parfois pendant quelques minutes, laissant les autres dans le flou total.
Il ne s'agit alors pas de mise en scène, mais de situations réelles. En général, soit l'un d'entre eux a la bonté de nous faire un résumé de la discussion, voire de se muer en traducteur pour que la comprehension soit complete, soit il y en a un qui râle et impose qu'on en revienne à l'anglais, soit on s'asseoit dessus et on se contente de l'idée générale qu'on a choppée dans l'attitude lors de la discussion, deux ou trois mots qu'on a pigé, et le contexte général. Et le reste passe à la trappe.
Et ne jamais oublier l'ogre dans Naheulbeuk
