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par thetchaff » mar. 12 avr. 2022, 11:16
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C'est bête, je m'étais réécouté la partie 1 la veille de la sortie de la fiction complétée pour me remettre dans le bain alors que les deux parties sont fusionnées.
Je vous avoue que je suis un peu déçu. La qualité audio est toujours impeccable, il y a du bon travail là-dessus et sur le jeu d'acteur. Mon avis sur la partie 1 est toujours valable concernant les moments sans dialogue qui laissent l'ambiance s'installer, j'aime bien aussi l'effet de l'oreillette qui bouche l'oreille droite pour les autres sons. C'est ce à quoi je m'attendais venant de l'équipe.
Mais je ne suis pas fan de la tournure du scénario. On commençait avec la base d'un régime totalitaire et l'idée bien fasciste de sacrifier une minorité innocente pour que les autres puissent dormir tranquille, si ce n'est que c'est le hasard qui opère au lieu de marqueurs sociaux ou de moutons noirs (encore que je me doute que les multimilliardaires ne seront jamais sélectionnés). L'idée initiale semble donc être de s'opposer à cette situation injuste mise en place par des envahisseurs.
Mais ensuite on nous dit que les envahisseurs ne sont en fait pas nos ennemis, qu'ils se font passer pour des méchants, que l'exode est un acte nécessaire pour la survie de l'humanité que l'on fait passer pour une résultante despotique afin que la population ne s'y oppose pas, et que les personnages vont y consentir pour sauver leurs proches. Certes ce n'est pas la mise à mort redoutée, mais je trouve ça curieux de vous voir présenter ce retrait forcé du monde comme si c'était un acte héroïque de la part d'Eric, alors que personne n'a eu le choix. Pour moi la colère de William est justifiée : on décide à la place des personnages de les arracher à leur famille sans rien leur expliquer parce que les humains ne seraient pas disposés autrement à prendre les décisions qui s'imposent : c'est toujours du fascisme en barre. La raison est moins gratuite qu'on ne le pensait, mais quand même. Je ne peux pas écouter le discours final d'Enna et les félicitations envers Eric sans entendre les infirmières se faire applaudir.
Je me demande donc ce que vous vouliez raconter avec cette histoire. S'il y a un 2e degré de lecture ou si vous visiez l'ironie, cela ne transparaît pas à mes oreilles. J'ai l'impression que vous vouliez surtout parler de réécriture de l'Histoire avec le tyran passé qui est présenté aujourd'hui comme un héros de guerre. Mais votre histoire de peuple allié qui se fait passer pour oppresseur pour cacher la vérité trop dure à entendre, j'y arrive pas. Ils forcent des gens à se sacrifier gratuitement sans rien leur dire parce que s'ils leur disaient qu'il y a une bonne raison derrière les gens se rebelleraient ? Il y a un truc que je n'ai pas compris dans ce raisonnement. Je ne sais pas si c'est le lore un peu trop touffu qui m'a embrouillé, mais je vois mal ce que vous vouliez exprimer alors que je sais que le fascisme n'est pas du tout votre truc. Je me retrouve avec une scène qui se veut belle avec le transfert, mais les circonstances m'empêchent de la voir comme un bel acte de la part du personnage.
Après coup je pense que vous vouliez peut-être simplement parler de deuil et de la très longue phase d'acceptation que ça demande, à la manière de CINQ de Richoult et François_TJP. C'est le niveau de lecture le plus sensé venant de ses créateurs, et celui qui s'accorde le mieux avec la mise en scène qui laisse mitonner Eric. Il cherche des moyens de s'échapper et finit par comprendre qu'il n'y a pas d'organisation à renverser pour sauver le monde, juste un passage arbitraire dans l'au-delà auquel il faut se préparer en prenant le temps qu'il faut. Seulement les circonstances m'empêchent de trouver ce transfert beau, parce que malgré la nature aléatoire de la cueillette elle reste le fait d'un système plutôt que des aléas de la vie, et que ce système tel qu'il est présenté me paraît bien malsain. Tout ce lore que vous avez bâti finit par me détourner de l'enjeu plus intime qui se joue, on passe un peu trop de temps à causer d'Histoire alors que le cœur émotionnel n'est pas là et que ça prête le flanc à mes remarques plus haut.
Sacrifice est une production très ambitieuse et j'aime bien ce format de long-métrage, mais sa philosophie est trop incompatible avec la mienne pour que j'en sorte satisfait.