C'est une bonne explication, mais j'ajouterai juste quelque points au regard des commentaires.
Ne vous embêtez pas forcement à tous lire, seules les informations en gras sont importantes, enfin si vous choisissez de me croire sur parole. Si vous ne me croyez pas alors lisez les démonstrations.
1.
Il n'est pas interdit de parodier une musique, ou encore parodier un film en utilisant la musique originelle. Mais alors... il faut qu'il y ait bien une intention humoristique et pas juste une réutilisation de la musique pour "meubler". Je confirme les commentaires précédents... nombre d’œuvres de la sagasphere sont des contrefaçons, malheureusement. Intéressez-vous à la polémique sur le projet de directive droit d'auteur dans le marché unique numérique (
http://www.europarl.europa.eu/doceo/doc ... tml#title2)
Pour les sceptiques : voici une partie d'un arrêt rendu par la Cour de cassation (française) sur le sujet :
"Attendu que l'inaliénabilité du droit au respect de l'oeuvre, principe d'ordre public, s'oppose à ce que l'auteur abandonne au cessionnaire, de façon préalable et générale, l'appréciation exclusive des utilisation, diffusion, adaptation, retrait, adjonction et changement auxquels il plairait à ce dernier de procéder ; - Attendu qu'après avoir exactement retenu que dès lors qu'elle emportait un tel abandon la clause de cession litigieuse était inopposable à MM. X... et Y..., la cour d'appel, constatant que l'adaptation contestée, qui constituait une parodie des paroles de la chanson "on va s'aimer" sur la musique originale de l'oeuvre, dénaturait substantiellement celle-ci, en a déduit, à bon droit, que, en l'absence d'autorisation préalable et spéciale de MM. X... et Y..., une telle adaptation à des fins publicitaires, portant atteinte à leur droit moral d'auteur, était illicite ; qu'elle a ainsi, sans encourir aucun des griefs du moyen, légalement justifié sa décision ; " (Cour de cassation, Chambre civile 1, 2 avril 2009, n° 08-10.194, disponible sur legifrance :
https://www.legifrance.gouv.fr/affichJu ... &fastPos=2)
Qu'est-ce que c'est que ce charabia ? C'est abscons, c'est normal c'est du droit. Mais on va faire plus simple, vous vous souvenez de cette pub ?
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Bon, et bin l'auteur compositeur de "on va s'aimer", lui n'était pas super fan. Alors il a formé une action en justice contre la boite à qui il avait cédé ses droits d'auteur. Et les juges lui ont donné raison ! Même s'il a vendu ses droits d'auteur, bah c'est pas pour qu'on fasse n'importe quoi avec sa musique. Allez, par ici la monnaie (oui bon, faut pas trop rêver, quand on va en justice en général c'est pour avoir des sous). La Cour de cassation dit que les juges on vachement bien fait leur boulot, et elle est d'acord avec eux. Et les juges qu'est-ce qu'ils en disent ? Hé bien d'abord que cette adaptation "constituait une parodie des paroles de la chanson "on va s'aimer" sur la musique originale de l'oeuvre". La première chose qu'on apprend, c'est qu'on peut parodier une oeuvre en reprenant "la musique originale" de cette oeuvre (le juge qualifie cette pratique de "parodie" il admet donc que sur le principe une telle pratique puisse constituer une parodie). Elle est pas belle la vie ? Oui mais bon attention, parce qu'ensuite... ils ont considéré que la parodie "dénaturait substantiellement" l'oeuvre originale. Ca veut dire que la boite qui exploite la musique a porté atteinte au droit moral de l'auteur, le droit à l'intégrité de l'oeuvre. Mais bon rassurez-vous, c'est juste que les juges ne sont pas copains avec les parodies-publicité. Systématiquement ils refusent l'exception de parodie lorsqu'il s'agit de faire de la pub, car alors l'oeuvre n'est pas reproduite
pour faire de l'humour, mais
pour faire la promotion d'un produit.
2.
Il ne faut pas confondre exception de parodie et exception de courte citation. Reproduire un "court" passage de l'oeuvre est licite dès lors, comme l'a rappelé Velvorn, que l'objectif est de discuter de ce passage de l'oeuvre, de critiquer, d'illustrer. Ex. dans le donjon de naheulbeuk l'elfe et le nain ne peuvent pas se supporter, on le voit par exemple dès le début de l'aventure lorsque l'elfe dit "sortez moi d'ici c'est tout gluant" et le nain explique qu'"elle dit qu'on devrait lui balancer des rocher sur la gueule pour l'achever" (cf. Le donjon de Naheulbeuk, Pen of chaos). Ma citation permet de soutenir mon argumentation, de plus elle est courte et j'indique le nom de l'auteur. Je ne m'étend pas sur la question de la convention de berne, tous ces textes de droit international sont des sortes de contrats entre les États. Ils doivent respecter les conventions internationales qu'ils signent. Mais la courte citation prévue par la convention de Berne exige que celle-ci respecte les bons usages, ce qui veut tout dire et rien dire. Est-ce que l'usage ce n'est pas justement que la courte citation serve à soutenir une argumentation ? Reproduire un court passage d'une musique peut également être licite si l'objectif est humoristique et que l'on peut identifier l'oeuvre parodiée, ainsi que la parodie comme étant une parodie de l'oeuvre parodiée. Autrement dit, il ne faut pas que l'auditeur puisse penser que la musique est votre création personnelle. Alors on utilise plus l'exception de courte citation, mais bien l'exception de parodie. Ainsi, reprendre des musiques très connues pour les détourner, comme dans la bande annonce des Aventuriers du Survivaure, peut passer pour de la parodie. Monsieur tout le monde peut parfaitement identifier l'oeuvre originelle et comprendre que cette bande annonce n'est pas une suite de mission impossible. En revanche, mettre une musique de jeu vidéo ou une BO de film en fond risque fortement de ne pas être qualifié ainsi...
3.
Ce n'est pas parce qu'une oeuvre est une contrefaçon qu'elle n'est pas protégé par le droit d'auteur. (art. L. 133-2 alinéa 2 : "Est dite composite l'oeuvre nouvelle à laquelle est incorporée une oeuvre préexistante sans la collaboration de l'auteur de cette dernière." ; art. L. 113-4 du CPI : "L'oeuvre composite est la propriété de l'auteur qui l'a réalisée, sous réserve des droits de l'auteur de l'oeuvre préexistante."; et art. L112-3 du CPI : "Les auteurs de traductions, d'adaptations, transformations ou arrangements des oeuvres de l'esprit jouissent de la protection instituée par le présent code sans préjudice des droits de l'auteur de l'oeuvre originale.[...]")
4.
Le fait de reprendre un fichier ou réécrire la partition d'une musique puis de la sonoriser avec vos logiciels préférés ne change rien du tout. Ce qui est protégé par le droit d'auteur n'est pas la prestation technique de mixage, d'enregistrement, ni même l'interprétation des musiciens (pour ça il y a les droits voisins au droit d'auteur : le droit des artistes interprètes et le droit des producteurs de phonogrammes, mais je m'éloigne). Ce qui est protégé c'est la mélodie. Quelques notes de musique suffisent à rendre une musique originale... et à caractériser la contrefaçon. Alors si vous voulez réutiliser une musique de manière parodique, peu importe que vous réutilisiez le fichier originel ou votre petite interprétation personnelle (attention quand même à ne pas dénaturer l'oeuvre, ou vous pourriez tomber dans l'atteinte à l'intégrité de l'oeuvre...).
5.
Pas besoin d'un contrat précis pour avoir le droit de mettre une musique das votre saga, il faut un contrat qui ne soit pas ambigüe, qu'il dise que vous avez le droit, et ça suffit. Ca c'est une erreur que j'ai relevé dans le message de Velvorn. Il faut distinguer la cession des droits d'auteur et la licence d'exploitation. Céder, ça veut dire vendre. Si je vend ma maison, je n'en suit plus propriétaire ; si je vend mes droits d'auteur, quelqu'un d'autre que moi en est propriétaire. Si je retourne dans ma maison sans autorisation après l'avoir vendu, c'est une effraction ; si je met en ligne mon oeuvre après avoir vendu les droits, je commet un délit de contrefaçon. Oui mais... je peut aussi me contenter de donner l'autorisation à une personne d'utiliser mon oeuvre. Je peux même autoriser plein de personnes différente à l'utiliser. C'est ce qu'on appelle cette fois une licence d'exploitation. L'article L. 131-3 du CPI dispose expressément que la "transmission des droits de l'auteur est subordonnée à la condition que chacun des droits cédés fasse l'objet d'une mention distincte dans l'acte de cession...". Ca veut dire qu'à chaque fois qu'on vend ses droits d'auteur sur une oeuvre il faut indiquer plein de trucs dans le contrat : le contrat durera 10 ans, pour toute la Bretagne, il concerne le droit de reproduire l'oeuvre seulement sur des boites de biscuits, etc. On pourrait interpréter cette disposition largement et se dire qu'une licence d'exploitation, finalement, c'est une forme de "transfert" du droit tout en se réservant le droit d'exploiter nous aussi ou encore de transmettre à d'autres ce même droit. Mais alors... pourquoi préciser que les mentions de la durée, du lieu, etc, doit être indiqué dans "l'acte de cession" ? Tout simplement parce que cette disposition ne s'applique qu'aux contrats de cession (vente), et pas aux simple licence d'exploitation. Pour la doctrine, c'est plutôt l'article précédent qui permet cette interprétation. Art. L. 131-2 : " Les contrats de représentation, d'édition et de production audiovisuelle définis au présent titre doivent être constatés par écrit. Il en est de même des autorisations gratuites d'exécution. - Les contrats par lesquels sont transmis des droits d'auteur doivent être constatés par écrit. - Dans tous les autres cas, les dispositions des articles 1359 à 1362 du code civil sont applicables." L'article 1359 du Code civil impose d'apporter une preuve par écris pour tout contrat excédant 1499 euros, en dessous, la preuve peut-être apportée par tout moyen. Hé oui ! On ne signe pas un contrat à chaque fois qu'on va commander un sandwich. Il existe donc des contrats d'exploitation d’œuvres qui peuvent être passé sans écrit, à l'oral, à condition qu'il ne "transmettent pas" les droits. C'est le cas des licences d'exploitation.
En outre, même s'il y avait cession des droits entre une société et vous (vous avez "acheté l'exclusivité") notez bien que... une société ne peut pas être considéré comme auteur d'une oeuvre, elle est nécessairement cessionnaire (c'est comme ça qu'on appel l'acheteur) des droits. Si à son tour elle vous vend les droits, c'est un contrat de sous-cession. Or, " les dispositions de l'article L. 131-3 du Code de la propriété intellectuelle régissent les seuls contrats consentis par l'auteur dans l'exercice de son droit d'exploitation et non ceux que peuvent conclure les cessionnaires avec les sous-exploitants" (Cour de cassation, chambre commerciale, 5 novembre 2002, n° 01-01.926 disponible sur legifrance :
https://www.legifrance.gouv.fr/affichJu ... 0007445050).
6.
Oui un sample peut être protégé par le droit d'auteur. Quelques décisions de justice ont admis que la sonorité d'un instrument de musique peut être protégé par le droit d'auteur, notamment la sonorité d'un orgue (Cour administrative d'appel de Nancy, 2e ch., 2 mai 1996, n° 94NC00118 ; CE 14 juin 1999, n° 181023, Conseil de fabrique de la cathédrale de Strasbourg) ou la sonorité d'une cloche (Cour d'appel d'Aix-en-Provence (2e ch.), 29 novembre 2018, n° 16/12104, mais pas celle d'un carillon de cloche, nous précise cet arrêt). Cependant, la Cour de cassation n'a jamais tranché cette question, elle pourrait très bien décier l'inverse ! D'un autre côté, vous les avez obtenu de qui vos licences d'exploitation ? D'une société ? C'est une simple licence et non une cession de l'auteur persone physique ? Hé bien le contrat ne sera pas nécessaire interprété dans le sens le plus favorable à "la société qui exploite". Jetez un oeil au contrat pour voir si vous avez le droit d'utiliser les sons pour faire des musiques. Je pense qu'il y a quelque chose à creuser concernant l'interprétation à donner à un tel contrat, notamment en joue sur la garantie de non éviction (c'est un peu technique mais bon, ca veut dire qu'on peut pas vous attaquer en justice alors que vous avez signé un contrat justement pour avoir un logiciel et des samples pour faire de la musique avec...). Et si vous n'avez pas de contrat, si vous êtes des petits malins qui ont téléchargé pa des voies détourné les fameux logiciels, tournez vous vers le libre, c'est moins risqué : personnellement j'utilise QSynth.