J'ai longuement hésité avant de poster, entre les discussions diverses (parce que là, je suis on ne peut plus hors-sujet) et les sujets à réaction rapide, mais comme ce topic n'est pas destiné à durer, je préfère le poster là.
Je veux donc vous présenter un texte. J'écris beaucoup, souvent, mais c'est rare qu'une scène apparaisse comme ça dans mon esprit sans que j'ai(e ?) besoin de me creuser les méninges ; pour trouver ce qu'il s'y passe, le nom des personnages, l'endroit, l'ambiance...
Et bon là, c'est venu comme ça. Une idée, des noms... Pouf, j'ai couru dans ma chambre, allumé l'ordinateur en catastrophe et écrit, vite, avant que les mots ne s'échappent. Une fois le matériau brut découvert, j'ai laissé passer la journée. Le lendemain, j'ai relu, au calme, affiné, peaufiné...
Et comme je n'ai aucune idée de la suite, que c'est une bulle d'imagination comme ça, j'avais envie de vous présenter ce texte. Même pas une nouvelle, mais des mots comme ça, disposés sur une feuille.
Si vous avez la patience de me lire, donnez-moi votre avis... Et soyez francs, surtout !
(désolée, je n'ai pas réussi à le mettre sur un document, alors je vous le livre ici
)
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- Sauf votre respect, ma dame, je ne comprends pas pourquoi vous êtes venue ici. Ce temple est en ruine depuis des siècles !
- Je le sais bien, Mole, répondit Novinha en souriant.
L’anxiété peinte sur le visage de la vieille servante s’estompa un instant pour laisser place à de l’étonnement.
- Mais, alors, qu’êtes-vous venue faire ici ? Ce n’est pas un endroit convenable pour…
La jeune femme leva les yeux au ciel.
- Un endroit convenable ? Si je t’écoutais, je resterais cloîtrée dans ma chambre !
- Mais votre père…
- Mon père vit dans le passé. Nous sommes dans un village perdu à des kilomètres de la moindre capitale et, il a beau se prendre pour un seigneur, il n’y a pas plus de nobles ici que… Regarde !
Novinha avait brusquement saisi le bras frêle de sa suivante tandis que son autre main pointait du doigt un éboulis de rochers, à quelques mètres de là.
- Quelque chose a bougé là-bas !
- Je l’ai vu, ma… je l’ai vu, chevrota Mole. Nous ne devrions pas rester ici, il y a…
Elle fut coupée par un éclat de rire.
- Tu voudrais partir ? s’exclama Novinha. Tu n’y penses pas ! Je suis venue ici pour découvrir ce qui pousse les gens à fuir le temple, je ne vais pas partir maintenant !
Loin d’être effrayée, elle peinait à contenir son excitation et un large sourire fendait son visage ; Mole, en revanche, paraissait terrifiée et ne réussit qu’à laisser échapper une exclamation catastrophée lorsque sa jeune maîtresse s’élança vers l’amas de pierre.
Elle voulut la retenir, mais Novinha avait déjà atteint l’éboulis. Ce qu’avait dit la vieille servante était vrai ; le temple n’était plus qu’une ruine rongée par le temps et les saisons, tant et si bien qu’il était difficile de le reconnaître sous l’amoncellement de rochers. Autrefois imposant de splendeur, ses murs étaient à présent parcourus par de larges lézardes et le toit s’était effondré à l’intérieur, réduisant en poussière tout ce qui pouvait s’y trouver. De fait, les voleurs eux-mêmes ne s’y intéressaient plus ; et depuis presque quatre mois, les habitants de la région avaient pris l’habitude de faire un détour lorsqu’ils venaient à passer à proximité, effrayés par les rumeurs qui circulaient au sujet d’un mauvais esprit venu hanter cet ancien lieu de culte. Les villageois de la région étaient des gens pétris de superstitions, mais Novinha, qui avait grandi bien loin du petit hameau d’Ombreuse niché dans les collines, avait développé une formidable curiosité qui la rendait imperméable à toutes les vieilles croyances. Croyance auxquelles Mole, elle, se tenait dur comme fer.
C’est donc sans hésiter qu’elle avait décidé quelques jours plus tôt de se rendre au vieux temple, guettant une absence de son père qui lui permettrait de s’échapper de chez elle. Surprise par la servante affectée à son service, elle l’avait convaincue de l’accompagner. A présent, la vieille femme regrettait amèrement son geste, mais Novinha de s’en souciait pas.
Son regard venait de tomber sur la forme roulée en boule au pied des rochers.
- Mole… souffla-t-elle. Viens voir…
Terrifiée, la suivante esquissa un geste pour conjurer les mauvais esprits.
- Reculez, ma dame, supplia-t-elle. C’est un démon ? Un monstre ?
- Non, répondit la jeune femme, le visage illuminé par un tendre sourire. Non, c’est un enfant.
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La petite créature avait le visage enfoui dans ses genoux et tremblait violemment, laissant échapper de petits gémissements inarticulés. Son dos nu était couvert de blessures ; majoritairement des égratignures ou des bleus dus aux rochers, mais également d’autres plaies, plus anciennes ou mal cicatrisées. Une large balafre lui fendait le dos, démarrant à l’épaule et redescendant vers la hanche opposée en une ligne irrégulière, rouge et boursouflée. Horrifiée, Novinha voulut la palper, puis se ravisa en jugeant que le petit être souffrait déjà bien assez sans qu’il soit utile d’en rajouter.
Sans prêter attention à Mole, qui commençait à croire sa maîtresse possédée, elle s’agenouilla près de l’enfant et, doucement, lui prit la main. Il se figea brusquement, tendit ses muscles, prêt à bondir.
- N’aie pas peur, murmura la jeune femme. Je ne te veux pas de mal. Tu comprends ce que je dis ?
Le silence succéda à ses paroles. L’enfant avait cessé de trembler. Sans retirer sa main, il releva la tête avec lenteur, tout en gardant les yeux hermétiquement fermés.
Il était nu ; les égratignures qui parsemaient son corps faisaient ressortir la pâleur cadavérique de sa peau, aussi blanche que la neige. Ses cheveux, collés à son front, étaient sales et emmêlés et sa cage thoracique, si maigre que l’on voyait saillir les côtes comme si elles allaient déchirer sa peau, s’abaissait et se relevait à un rythme saccadé. Il se remit à trembler, si violemment que Novinha dut résister à l’envie de le prendre dans ses bras ; elle aurait craint de le briser, tellement il paraissait fragile.
Ses paupières tressaillaient avec violence et il déployait une grande énergie pour les garder fermées. Son visage pointu était empreint d’une grâce sauvage, mais il était difficile de lui donner un âge ; huit ans clamait son corps, cent assuraient ses traits tirés et émaciés, brisés par la douleur et la misère. D’énormes poches violettes sous ses yeux laissaient deviner qu’il dormait mal ou très peu, et tout en lui hurlait la souffrance qui était la sienne.
Sa petite main aux longs doigts fins remua dans celle de Novinha qui sursauta en réalisant qu’elle avait refermé le poing. Elle le laissa tâtonner, palper son bras ; sa peau, glacée, se nourrissait de la chaleur qui émanait de la jeune femme.
Il ouvrit la bouche, voulut parler, mais aucun son n’en sortit. Ses cordes vocales, mises à mal par quatre mois de silence, ne répondaient plus ; le seul bruit qu’il était capable de produire était ce petit gémissement, un couinement rauque et inarticulé, inutile. Une grimace de souffrance se peignit sur ses traits lorsque ses paupières tiquèrent avec violence.
- N’aie pas peur, répéta Novinha. Je ne te quitterai pas.
Des mots en forme de promesse qui achevèrent de convaincre l’enfant qu’il n’avait rien à craindre.
Ses yeux s’ouvrirent brusquement et son regard se braqua sur la jeune femme qui, portant sa main à sa bouche, retint un hurlement. Elle s’était attendue à des yeux crevés, une malformation…
L’œil droit était parfaitement sain. Aussi gris qu’un ciel de tempête, il dégageait un magnétisme puissant qui la clouait sur place, un faisceau de volonté qui l’empêchait de partir aussi sûrement que des liens d’acier.
L’autre en revanche…
Elle peinait à accepter ce qu’elle voyait. Même les plus vieux, les plus superstitieux d’Ombreuse ne croyaient plus à cette légende reléguée au rang de fable ; un conte enfoui dans la mémoire des populations, oublié depuis des siècles. Elle se demanda brièvement comment réagirait Mole, si sûre de ses croyances, puis cette pensée s’envola aussi vite qu’elle était venue.
L’œil gauche de l’enfant ne ressemblait pas à son voisin… loin de là s’en fallait. Parfaitement sphérique, d’une couleur mordorée soutenue, il était fendu en deux par une pupille noire et verticale. Une tige d’ébène sur un océan d’or en fusion.
Non pas une malformation, mais un mythe sorti des tréfonds de l’antiquité.
Un œil de chat.











Wow ... Respect ... Que dire sur ce texte ?


En tout cas, merci beaucoup. Pour la suite, j'y ai un peu réfléchi, je le ferai quand ça viendra mais j'ai deux trois idées déjà.
. Enfin bon, pour compléter ce que tu dis, une mole équivaut à 6,02x10^23 (mais ce n'est pas le nombre précis, d'autres préfèreront 6,022x10^23). Pour finir, on s'en sert à partir de la seconde quand les profs demandent à partir de la quantité de matière d'un objet de calculer sa masse etc. [HS/]
J'adore! C'est excellent!!! Décidemment tu devrais écrire un roman