Fenmarel a écrit :
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Les volutes nivéennes qui s’échappaient de la cheminée principale de la machine infernale qui conduisait à toute allure le train de wagons fauves, comme salis par le temps et la poussière, se fondaient sans plus d’éclat dans la grisaille ambiante. Le morne, le désolé, était dans l’air du temps. Arrivée en gare en chantant au rythme des cahots, mélodie virant à la disharmonie palpable des colloques sourds menés par le peuple noir d'âme, désenchantement de la ville sombre et humide aux pavés glissants, tout ici n’était qu’un désespoir couleur haut-de-forme quinze ans d’age…
Le peuple sombre dans le spleen, quand ce n’est pas pire, donc dans le quotidien. Par ici, on ne voit guère la misère du prolétariat, exploité, comme partout, en tout temps. Ici, la haute société est tombée bien bas. L’air salin de l’océan proche semble alourdi par la crasse. Les égouts grouillent de rats, de vermine, ce nid de maladie propice à la propagation d’une peste noire. Et pourtant, s’il y avait bien pire ? Si quelque chose de plus grand était en train de se mettre en place dans cette métropole lugubre aux allures de maison hantée ? Si le noir, à force d’être noirci, disait non à son tour ? Et si le monde n’était en prime pas si manichéen qu’on le dit…
Les portes des fourgons roussâtres s’ouvrirent enfin, et ils déversèrent leur flux d’idées sombres allant se mêler à l’atmosphère glauque. Dans la masse sans contraste, deux hommes avancent côte à côté.
Le premier semble amusé, il a l’air subtil et l’œil intelligent. Son nœud papillon et son chapeau melon, mal assortis à un costume de grands rendez-vous de mauvais goût, confirme l’air excentrique que ce bellâtre au teint blafard laisse transparaître. Il est jeune, très jeune, trop jeune. Il porte une serviette noire et peut-être un brin de vanité. Il jauge son partenaire du moment, tentant en vain de l’évaluer. Celui-ci semble féroce. Les pommettes hautes, les yeux plissés reflétant une lueur inquiétante, il scrute l’au-delà à travers l’infini. C’est un mercenaire venu des longues plaines, portant le long manteau des chasseurs de prime, masquant au possible son regard menaçant sous son stetson usé par le temps. Ils sont là sans vraiment savoir pourquoi. On leur à promis un gros chèque, tel qu’un prodige fils de riche ou que le meilleur tueur à gages de tout le Sud-Ouest ne peuvent le refuser. La poule aux œufs d’or, le don de Crésus.
Au sortir de la gare, la cité se dévoile à eux ; ses bâtiments similaires et ce simili de joie de vivre arboré par ces mendiants qui se donnent en spectacle pour recevoir l’aumône. Une voiture s’arrête, le cocher leur fait un signe, ils montent. Tout est trop bien organisé. Dans le carrosse ébène aux fauteuils de velours criard, un homme bedonnant au visage porcin se tient. Il porte un veston en tweed vert bouteille, et porte une épaisse sacoche sur ses genoux. Il lance un regard périphérique à l’intérieur de l’habitacle, puis recommence de manière frénétique, anxieux.
« Joe McRattle, « Le condor » de Graham Hill… Bryan « Darwin » Coweldish, le prodige de l’université de Huxley Hall… Alors c’est vous qui devez sortir les services secrets du pétrin… hein ? » Le grassouillet laissa échapper un rire nerveux. « Moi je pense que vous n’avez pas l’ombre d’une chance. Même Sherlock Holmes n’en aurait pas… »
Les deux protagonistes ne bronchèrent pas, ne laissant plus aucune trace de leurs émotions transparaître. Ils attendaient simplement d’en savoir plus. Celui qui devait être leur commanditaire se gratta la tempe avec une certaine démence. Il marmonnait plus pour lui que pour les deux autres qui tendaient l’oreille, tout ouïe malgré qu’ils n’en eurent pas l’air.
« Le préfet m’envoie vous mettre au parfum. Il y a quelque chose de malsain dans cette enquête, j’en suis convaincu, d’ailleurs je lâche l’affaire. Bref, vous serez conduit jusqu’à un hôtel où vous serez logé. De l’argent vous sera livré chaque semaine pour pallier à vos dépenses, si vous survivez bien entendu… Bien, bien, je suis donc le chef du bureau d’enquête du VK3, ou Vaudoo Kingdom, nom de code des services secrets d’état. La police nous a laissé une enquête délicate. Quelque chose, je veux dire, sans doute une vaste organisation, complote contre la ville tout entière. Enfin, on a pas pu retirer grand chose mais… Pas mal de morts… Oui…»
Il déglutit, plongeant son regard vers le ciel qui annonçait l’aube d’un crépuscule sans couleurs nacrées. Bryan remarqua que le bonhomme transpirait et malaxait nerveusement sans s’en rendre compte un pan de sa chemise qui sortait de son pantalon gris. Son compère au chapeau lui semblait montrer quelques signes d’énervement devant ce guignol burlesque qui lui faisait perdre son temps.
« Je vous donne toutes les données nécessaires. Des meurtres, plus que vraisemblablement. On remarque chez les victimes de drôles de comportement avant leur mort. C’est assez incompréhensible. Cela à commencé près des docks… Une dizaine de prostituées retrouvées éviscérées à l’abattoir. Toutes du même coin, si vous voyez ce que je veux dire. On a bien sur pensé à un rite sectaire… Un homme d’affaire pendu après avoir écrit dans son testament que sa dernière volonté était la mort de sa femme et de ses enfants… Retrouvés morts quelques jours plus tard, égorgés, dans une ruelle sombre d’un quartier où ils ne s’étaient apparemment jamais approchés, et dans lequel ils n’avaient aucune raison de pénétrer. Un homme crucifié sur son toit… Une femme étouffée après avoir avalé la main… Des scènes de tortures abominables. Et toutes un point commun, une tache noire entre les omoplates. Il pourrait y avoir des cas similaires antérieurs mais… nous n’en savons rien. Aucune piste réelle… Jusqu’à ce que… Un avocat est mort après avoir déclaré, saoul, à l’un de ses amis du bistrot du coin, qu’il voulait en finir avec un criminel qu’il défendait et qui le menaçait. Il a dit « j’aimerais que ces anciens camarades reviennent d’outre tombe et repartent avec lui ». Haha… On a pénétré dans la prison, forcé les portes, trois hommes. Ils l’ont décapité, et sont repartis avec sa tête. La sécurité était impuissante, je ne comprends toujours pas. Et on a retrouvé au cimetière de Old Church trois tombes vides, sans nom, qui auraient du être celles de ses vieux collaborateurs… Haha ! Vous croyez aux esprits ? Aux zombies et toutes ces conneries ? Moi oui… Je vous laisse l’enquête ! Sur ce, nous arrivons. »
Sur un signe d’oubli ostentatoire, il ouvrit sa malle et en sortit deux badges qui devaient servir de laissez-passer. Il ajouta, alors que les deux hommes sortaient du chariot, avec un air narquois :
« Monsieur le Condor, on vous a engagé au cas où on reverrait de ces hommes ayant forcé les portes de la prison. Mais, on m’a dit qu’ils étaient insensibles aux balles pas croyables hein ? Au fait, pas un mot à la presse. » Puis lorsque la porte fut fermée, avant que le cocher ne mette en route la calèche, il les héla encore et cria :
« Et bonne chance ! »
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c'est pas un synopsis, c'est carrément une nouvelle
si tu compte faire un saga, vu l'échantillon, ça prendra plus de 20 minutes.














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( et ça n'a vraiment pas été tout de suite
), je me suis enfin mis sur Éther Noir, l'épisode 1 étant déjà quasiment terminé ( ça va plus vite que xenozis bizarrement 
